23.08.2007

6.

                        Un soir il a fallu que je sorte, depuis un moment je ne pensais plus au bras, je l’avais punaisé au-dessus de mon lit, comme un saint protecteur ou le grand Manitou de mes rêves lui-même, j’aurais dû me douter qu’un jour il s’abattrait sur moi. Je n’avais pas reçu d’autres photos, j’imagine que le photographe shootait ou explorait d’autres voies.

 

                        Une fois dehors je me suis demandé s’il y avait un côté enluné de la rue par lequel descendre, la lune était pleine, mais les lumières parasites de la ville éludaient la question. J’aimais bien l’idée de descendre la rue, c’est peut-être ce qui avait joué dans le choix de mon appartement, assez haut placé dans une rue en pente. Ce soir-là il y avait peu de monde et, bien avant d’atteindre la place, j’ai perçu par vagues des bribes de percussions africaines, selon le vent, peut-être, ou plus sûrement selon l’intensité de jeu des musiciens. Je me suis arrêtée un instant pour m’assurer que je ne rêvais pas. Un couple m’a frôlée, ensorcelé par les rythmes, le pas raide et le regard fixe, muet, envoûté déjà et déjà disparu au coin de la rue.

 

                        A contre-jour des lumières de la place, sous l’arche d’un pont, les silhouettes des musiciens, en ombres chinoises. Trois, peut-être quatre djembés, et autant de danseurs. Je m’assieds à l’écart, fascinée, envoûtée à mon tour. Leur rythme ne faiblit ni ne s’intensifie, peu à peu des noirs arrivent des quatre coins de la ville, alertés par un code secret tissé dans la trame de la musique, perceptible par eux seuls, comme à ce concert de Doudou N’Diaye Rose - Les tambours du Sénégal – où seuls des noirs avaient répondu à l’invitation du vieux percussionniste de venir danser sur scène. Les mains des musiciens volent au-dessus des djembés, on jurerait que parfois ils s’échangent leurs bras, par jeu, et peu à peu hypnotisée par la voltige du rythme, et les soubresauts des corps, je finis par ne plus discerner que des bras en transe. Alors qu’il s’agit d’autre chose, un mot revient sans cesse à mon esprit enfiévré : vaudou. Je perds pied plusieurs minutes, submergée par la vision de ces membres, avant de me rendre compte avec effroi que tous ont pris l’apparence du bras de la danseuse, qu’il est ainsi démultiplié, et pourtant seul exalté au-dessus de la place.

 

                        Ma vue s’était brouillée et j’avais voulu courir pour fuir le bras de la danseuse, je pensais que la course me remettrait d’aplomb, que le flux sanguin reprendrait un rythme normal une fois chez moi. J’avais peur d’être possédée par ce bras, je devenais folle au point d’être terrifiée par la photo : je voulais l’arracher du mur sans oser l’approcher. J’ai fermé la porte de ma chambre à clé, avant de passer la nuit au salon. J’ai cherché vaudou sur internet, je suis tombée sur l’expression une religion dansée.

                         Vers cinq heures du matin, j’ai su que pour m’en sortir il était urgent que je rattache mentalement le bras à un corps. L’exercice était difficile et fatigant, il me fallait créer en pensée le corps d’une danseuse que je n’avais jamais vue, et faire en sorte que son attitude respecte la position du bras sur la photo. Le plus difficile était d’imaginer le visage, aussi au bout d’une heure quarante-cinq j’ai décidé de me figurer une danseuse sans tête. Ca donnait à peu près ceci :

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18.06.2007

5.

            Je suis arrivée en avance dans ce café où nous avions rendez-vous. Question de stratégie. Le photographe avait fixé le jour, le lieu et l’heure, par mail et sans commentaire. Piquée au vif – toi mon coco si tu veux jouer à ce petit jeu… - j’avais choisi avec soin mes couleurs : noir, pour me glisser dans la peau d’un agent secret prêt à rejoindre un contact qui possédait sans doute des documents importants - s’il ne bluffait pas.

 

            Tout le long du chemin, j’ai fait attention à ne pas marcher en danseuse – ma mère disait ce n’est pas élégant, elle traçait une ligne sur le sol pour m’apprendre à mettre un pied devant l’autre pour avoir une jolie démarche, et à défaut d’avoir la beauté classique de ma mère, je voulais avoir au moins sa jolie démarche et jamais je n’oubliais que je marchais sur une ligne tracée autrefois sur le sol de mon enfance, du temps où je chaussais les escarpins de ma mère pour me métamorphoser en femme fatale.

 

Au lieu dit le jour dit, je comptais sur ma robe noire – dame de pique, j’annonçais la couleur - et dix minutes d’avance pour inverser les rapports de force. En boxe, la tradition veut que le tenant du titre arrive plusieurs minutes après son challenger. Hé bien le challenger c’était moi. Et même en terme d’agent secret, il fallait déstabiliser l’adversaire. Non par de la poudre aux yeux comme en politique, mais par une sobre efficacité, un professionnalisme radical.

 

J’en étais là de mes réflexions lorsque je l’ai trouvé assis face à moi. Je ne l’avais ni vu ni entendu arriver. Il portait des lunettes de soleil – les lunettes, j’aurais dû y penser – mais je le reconnaissais à son sourire – je ne l’avais pas revu depuis la soirée chez l’Ambassadeur. Il se tenait calé contre le dossier de la banquette, il a soufflé un long trait de fumée de cigarette – bien sûr, la cigarette – avant de jeter une grande enveloppe sans inscription sur la table – tout était dans le négligé du geste : ce photographe me donnait une vraie leçon de spy touch. J’ai jeté un regard circulaire autour de nous avant d’ouvrir l’enveloppe. Je voulais me la jouer moi aussi, je voulais ma scène à la 007. J’ai travaillé le style pour attraper le document, puis l’ouvrir, mais je n’ai pas réussi à maîtriser ma réaction de surprise en découvrant la photographie :

 
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C’était un peu abject, cette façon de faire : un bras, comme si la danseuse était un puzzle, ou peut-être à la manière des ravisseurs qui envoient un doigt ou un lobe d’oreille pour prouver qu’ils détiennent bien la personne pour laquelle vous êtes prêt à payer une énorme rançon en petites coupures non marquées.

 

            Et ce bras avait l’air vivant, il avait l’air autonome. On pouvait dire il est touchant, et c’est d’ailleurs la première pensée qui m’est venue à l’esprit. C’est bien après que je me suis rendue compte de l’absurdité de mes idées à propos de ce bras. Sur le moment je le trouvais solitaire. Il me rappelait les centaines de bras façonnés puis moulés dans le plâtre, retrouvés après la mort de Rodin dans son atelier. Tous frères et chacun doté d’une personnalité propre.

            J’ai remis la photo dans l’enveloppe avant de quitter le café sans dire un mot. J’ai souri à l’idée que je laissais James Bond  régler l’addition.

07.06.2007

4.

La dernière d’entre elles est arrivée sur scène les mains dans les poches d’un pantalon noir, elle regardait les spectateurs comme pour évaluer leur capacité à endurer l’aplomb de son âme dans son corps. Elle était si belle qu’elle n’avait même pas besoin de danser. Etre là suffisait. Et cependant elle s’est mise à danser.

 

Elle a récité un poème entrecoupé d’accès de folie furieuse - elle se déshabillait à la façon d’une possédée, et parfois se réfugiait au creux d’une bergère, avant de revenir tout au bord de la scène, où elle se frappait la bouche le sexe les oreilles – mon voisin s’est penché vers moi il faut avoir des couilles pour faire ça. Lorsqu’elle se figeait, la peau de son ventre battait, si bien que l’on aurait juré que son cœur y était tombé. Presque nue devant une centaine de spectateurs silencieux, je voulais bien croire que cette fille avait des couilles. Mais les couilles, il les fallait au travail plus qu’en représentation, si j’en croyais les meurtrissures de son corps. Elle avait les pieds écorchés et le dos marqué de bleus. On pouvait croire à de l’arrogance - brandir ce corps abîmé, l’air crâne – ou à de l’exhibition – j’avais eu cette impression, parce que la fille était si belle, pourquoi devait-elle en plus danser, c’était de la triche, de la surenchère - mais il y avait autre chose. Il y avait peut-être de la boxe dans l’air.

 

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A Manille, après le combat contre Joe Frazier en 1975, Muhammad Ali a juré qu’il arrêtait la boxe - too much pain – mais il est remonté sur le ring plusieurs fois après ce mortel combat. Too much pain et cependant remettre les gants, y retourner, sans doute comme la danseuse retourne travailler chaque jour. A l’évocation de l’entraînement des boxeurs, je pouvais soupçonner la beauté des danseuses au travail. Dans la solitude et la concentration, bien avant le spectacle, bien avant le regard des spectateurs.

           En quittant la salle de spectacle – la danseuse avait salué longuement, en désignant le chorégraphe puis les techniciens sans qui le spectacle n’aurait pas eu lieu – j’ai traversé la ville jusqu’à la salle de boxe, elle était vide. Mais il n’y avait rien de solennel dans le silence du gymnase. J’ai éprouvé l’élasticité des cordes du ring, façon Muhammad Ali avant son combat contre George Foreman au Zaïre. J’ai serré dans mes bras les sacs de sable pendus au plafond, la simple odeur du cuir pouvait m’expédier au septième ciel. Je me suis offert une séance de shadow, en imaginant que la danseuse du photographe aimait la danse aussi furieusement que j’aimais la boxe.

31.05.2007

3.

            Sur une impulsion, le soir même, j’ai filé à une exhibition de danse – entrée gratuite – parce que je voulais savoir quel était le monde du photographe et celui de Brigitte. Je ne me la figurais toujours pas, la danseuse, j’avais en tête cette photo à la feuille, comment se figurer une femme sans figure ?

 

            J’ai descendu la rue qui mène à la salle de spectacle, et je devais éviter les jardins du monument aux morts si je voulais gagner du temps, mais une jeune-femme devant moi s’est figée, avant de faire demi-tour, à l’entrée du square : un homme finissait au goulot un litre de rouge, au milieu de l’allée, il ressemblait à Roberto Begnini, comment pouvait-on avoir peur de Roberto Begnini se saoulant au milieu des parterres du monument aux morts ? Il fallait que je rachète la frayeur de cette femme, ça fait partie de ma mission sur cette Terre, ne me demandez pas pourquoi, c’est ainsi, moi-même je ne me l’explique pas, mais un être humain effrayé par un autre être humain ça me fend le cœur et d’une façon ou d’une autre il faut que je rafistole les travers de l’humanité. Et croyez-moi dans cette ville aux mille clochards, j’ai du boulot. Je crois que j’ai des mendiants et des fous une vision moyen-âgeuse, je les prends pour des intercesseurs et des prophètes, peut-être même sont-ils placés sur mon chemin par Dieu lui-même pour éprouver ma charité – ô mon Dieu mais ce soir je suis en retard à cette exhibition de danse, la charité ou le plaisir, il faut choisir – et j’ai lancé un regard curieux à Roberto Begnini en le dépassant, il s’essuyait la bouche d’un revers de manche et a décidé de m’accompagner un bout de chemin. Il avait un sourire hébété mais il était de bonne compagnie, farceur à en croire le rire qui ponctuait chacune de ses phrases. Comme il voulait le savoir, je lui ai dit que j’étais si pressée parce que j’allais à un spectacle de danse, il a rit en désignant le côté du jardin d’où j’arrivais – tu te trompes de chemin, c’est par là ! ah oui, vous êtes sûr ? – et comme il mourrait d’envie de se rincer le gosier je l’ai laissé en estimant que ma mission était accomplie. J’ai cueilli une pensée en quittant le square, et j’ai couru jusqu’au bâtiment des Arts et Spectacles.

 

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          Parfois, dans l’obscurité de la salle, lorsqu’une danseuse quittait la scène après son solo, parfois un homme se levait, courbé en deux pour ne pas gêner les spectateurs derrière lui, parce qu’une danseuse avait pris sur scène la place de la première, de la même façon qu’une autre danseuse arriverait après celle-ci, et il en serait ainsi jusqu’à la fin des temps, une danseuse quitterait la scène et une autre la remplacerait pendant qu’un homme dans l’obscurité traverserait la salle entière, courbé en deux avant de suivre les couloirs déserts pour rejoindre les loges où les danseuses se changent. Et les hommes toujours patienteraient en regardant leur danseuse changer de peau, et revivraient en pensée le moment où courbés en deux ils quittaient la salle, conscients du regard des autres spectateurs sur leur dos, à l’instant grisant où aux yeux du monde ils étaient l’homme qui rejoint la danseuse.

            Et la dernière d’entre elles était si belle que j’ai pensé c’est de la triche.

26.05.2007

2.

           Deux jours plus tard, j’ai trouvé une série de photos dans mes mails. Je les ai regardées une par une attentivement, comme s’il était possible de voir ce que le photographe voyait : danseuses, bustes nus, Olivier Cadiot. Drôle de vie, je pensais que si je devais prendre des photos de mon quotidien, on trouverait des mendiants et des rues. Bien sûr, le photographe avait très bien pu faire le tri dans ses clichés, peut-être même avant de shooter, s’il est possible de démêler mentalement ce que l’on garde de sa vie et ce que l’on refuse de consigner.

          

           J’ai appuyé mon front contre la vitre du salon, dans la rue un clochard cherchait à échapper à la pluie et à la fatigue, en se recroquevillant sur le seuil d’un magasin – lundi matin, il avait trois heures avant l’ouverture – il ajustait avec soin ses longues jambes sous lui, avant de se figer, la main tendue à l’aumône mais la tête baissée. J’ai pensé que les photos pouvaient être un sacré révélateur de la vie intérieure de qui les prend. Qui montre ses tirages se dénude.

 

J’ai remercié par mail le photographe je ne sais pas comment tu travailles, comment tu prends la photo, comment tu la laisses venir à toi, ou comment tu la déclenches. Je n’ai pas envie de savoir, ce serait un peu déflorer le mystère. J’ai regardé à nouveau les images. Le titre de l’une d’elles m’a sauté aux yeux : Brig-feuille. Quelqu’un tenait à la main une large feuille pour dissimuler sa figure, à la façon d’une courtisane qui cacherait son visage derrière un éventail. Et ce quelqu’un ne pouvait être que la danseuse, le photographe m’en avait parlé plusieurs fois, à la soirée de l’ambassadeur : Brig, c’était pour Brigitte.

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J’ai senti ma curiosité piquée au vif, même si la photo en elle-même me semblait trop métaphorique. Une danseuse, qu’est-ce que c’était qu’une danseuse, je croyais avoir la réponse en scrutant l’image, en me concentrant sur les détails. Derrière cette feuille, elle pouvait être facétieuse ou sauvage. Souriante ou en pleurs. Comédienne ou dramaturge. Patiente ou exaspérée.

 

Un pull à col roulé noir – un côté cambrioleuse de haute voltige - une seule bretelle de salopette en jean sur l’épaule droite - mais ce pouvait être une anse de sac à main, ou n’importe quoi d’autre plutôt qu’une bretelle de salopette en jean – des cheveux courts, j’en ai conclu facétieuse, alors ! sans très bien savoir si c’était la danseuse qui m’intriguait ou la compagne du photographe. Sans même savoir si je pouvais avouer mon attrait pour cette femme après avoir fait la moue à son évocation.

 

Cependant mon mail suivant était sans ambiguïté : Tu parlais du mythe de la danseuse, c'est sans doute ce qui m'aimante vers la photo de B., surtout parce qu'elle ne dévoile rien d'elle, qu'il faut fouiller, imaginer, comprendre, rêver.

18.05.2007

1.

            Le photographe a dit  je te les montre si tu veux - c’était à la fin de la soirée chez l’ambassadeur – mais je n’avais pas envie de les voir. Je déteste les photos, et comme il restait de marbre je me suis crue obligée de me justifier, je me méfie de l’image, des clichés…

            Il a dit je vis avec une danseuse, comme si j’allais tomber dans son piège. Les danseuses, ça ne m’intéresse pas, je suis une boxeuse, mais il a dit tu ne sais  pas ce que c’est, il finissait une coupe de champagne, et je me demandais si je pouvais vraiment échapper aux photos de la danseuse, ou si j’étais obligée de les regarder, sous prétexte que le courant était passé entre le photographe et moi.

 

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            J’ai pris mon air détaché qu’est-ce que c’est qu’une danseuse, je n’en savais rien, ce pouvait être un concept de pseudo-artiste, un nom générique, peut-être même un mot d’argot du temps de la prohibition, le seul souvenir de danse que j’avais se limitait aux pointes roses et au cache-cœur qui ne me protégeait pas du froid de la grande salle polyvalente où je prenais des cours avec la fille de la coiffeuse et celle de la pâtissière, celle du vétérinaire et celle du notaire, il y avait une ribambelle d’Isabelle avec leur chignon serré sur le sommet du crâne – celui de la fille de la coiffeuse était toujours celui qui tenait le moins bien, et la vieille fille qui venait fermer la salle après le cours riait en désignant le petit nœud de paille branlant sur le côté droit du visage de la fille de la coiffeuse, ce sont les cordonniers les plus mal chaussés – et ma mère toujours ponctuelle assistait aux dernières minutes de la leçon de danse. Mais parfois, s’il était déjà rentré du travail, mon père venait me chercher, et son corps d’homme au milieu de cet univers féminin me mettait mal à l’aise. Ce père - mon père – à la fin du cours de danse, c’était incongru et gênant. Dans l’encadrement de la porte, bousculé par la fille de la coiffeuse et celle de la pâtissière, par celle du notaire et même celle du vétérinaire, qui lui faisait un baiser sur la joue parce qu’elle était ma meilleure amie, bousculé par sa propre fille qui le trouvait déplacé aux portes du gynécée, il saluait la prof de danse – ma mère disait elle a du chien en servant le rôti de porc aux pommes le soir après le cours et mon père approuvait elle a du chien et une odeur de chien mouillé me prenait à la gorge, qu’est-ce que ça voulait dire elle a du chien, je ne pouvais plus rien avaler.

            Alors une danseuse, qu’est-ce que ça pouvait bien me faire, j’ai repris une coupe de champagne, j’ai rit en lui donnant mon adresse e-mail – fleur.dorcas@free.fr - et j’ai tourné le dos à la soirée chez l’ambassadeur.

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